Tout le monde ment, de Seth Stephens-Davidowitz

On ne va pas tourner autour du pot : ce livre devrait-être au programme de tous les lycées et tout le monde devrait le lire. Mais de quoi ça cause?

Introduction :

Tout le monde Ment (et vous aussi!) est un ouvrage dédié à l’exploitation des Big Data (savoir combien de millions d’utilisateurs facebook ont mis un « j’aime » à la page de Queen est une information que l’on peut inclure dans les Big Data) dans le cadre, dirons-nous, d’une compréhension du monde (des humains). Cet ouvrage a trois grands axes selon moi : montrer comment de grandes quantités de données peuvent aider à comprendre la société et la psychologie des gens, dans quelles mesure il faut être prudent avec les raisonnements de causalités lorsque l’on étudie des phénomènes sociétaux et enfin, bien entendu, exposer les faits croustillants comme par exemple les recherches les plus réalisées sur Pornhub, est-ce que beaucoup de personnes posent des questions à Google sur l’intelligence de leurs proches etc etc.
Une fois encore, dans ce « résumé de livre » je ne ferai pas de résumé à proprement parler : ce serait insulter la qualité du discours de l’auteur que de résumer en 2 scrolls WordPress les idées de son livre de 300 pages. Mais je vais essayer de vous donner un petit aperçu de ce que l’on peut y trouver.

 

Qu’est-ce qu’Internet peut nous apprendre :

Bien entendu, ne m’en voulez pas, j’ai fait dans le « pute à clic » histoire de vous donner envie de lire l’ouvrage. (je précise qu’une grande partie des données ont-été recueillies sur le territoire des USA).

Freud et les délires phalliques :

Freud se trompait sur les délires phalliques au sein des rêves : si vous êtes un homme et rêvez que vous vous marriez tout en tenant une banane, ce n’est pas parce que vous aimeriez avoir un pénis dans la main, c’est simplement parce que…..la banane est dans le top 5 des fruits les plus courant. Des Data chercheurs ont établi, grâce à des applications d’enregistrement de rêves et le recensement des listes d’achats et des habitudes alimentaires du monde entier, que l’occurrence des fruits (et autres motifs de rêves) étaient directement liée à l’occurrence dans le réel. La banane par exemple (si ma mémoire ne ma trahit pas) est le second fruit consommé dans la majorité des pays, c’est également le second fruit à apparaître le plus dans les rêves.

Les fantasmes en Inde :

A la vue de ce qui est le plus recherché sur Pornhub en Inde, ainsi que des questions que les épouses indiennes adressent à Google, il ressort que l’un des fantasmes les plus répandus en Inde pour les hommes est d’être nourris au sein de leur épouse tout en portant une couche.

Les inquiétudes des parents sur les enfants dépendent du sexe de ces-derniers :

Les questions comme « mon garçon est-il surdoué » reviennent beaucoup plus que « ma fille est-elle surdouée ». Cependant, la question « mon garçon est-il bête » revient également beaucoup plus souvent que la question « ma fille est-elle bête ». En outre, les questions telles que « ma fille est-elle jolie/est-elle grosse? » sont bien plus fréquentes que l’équivalent masculin, alors que les chiffres montrent qu’au-dessus d’un certain âge, 23% des filles présentent un surpoids contre 35% chez les garçons.

La dichotomie de langage :

Parmi les mots les plus utilisés sur Internet, voilà ceux arrivant en tête :
Par sexe :

  • Femmes :
    Excited, shopping, ❤ , love, sooo, you, cute, mommy my_hair, boyfriend, yay_!, her, 😦 , mommy etc
  • Hommes :
    wishes_he, fuck, fucking, xbox, ps3, black_ops, world_cup, himself, my_wife, youtube.co etc

Par âge :

  • 19-22 ans :
    semester, fuck, 21st, campus, casses, fuckin, studying, fucking, apartment, shit
  • 23-29 ans :
    at_work, beer, days_off, office, new job, enjoying, work, drinks, wine
  • 30-65 ans :
    daughter, my_son, my_kids, fb_friends, family_and_friends, paste_this_to, copy_and

Préoccupation des amants :

La recherche « Is my husband gay? » (est-ce que mon mari est homosexuel) est étonnamment commune. Cette recherche est 10% plus fréquente que « Is my husband cheating? » (est-ce que mon mari est infidèle?), huit fois plus fréquente que « Is my husband an alcoholic? » et dix fois plus fréquente que « Is my husband depressed?« .
Ce qui est « amusant », c’est que cette recherche sur l’homosexualité du mari est bien plus répandue dans les régions les moins tolérantes à l’homosexualité.

Autre fait marquant : les sondages sur l’usage du préservatif révèlent que non seulement les gens mentent sur leur usage, mais mentent aussi sur le nombre de rapports qu’ils ont (que ce soit dans le cadre du couple ou entre célibataires) en sur-élevant le nombre réel de rapports.

En outre, les recherches sur Google indiquent la chose suivante : on s’y plaint 16 fois plus fréquemment d’un conjoint qui refuse le sexe que d’un partenaire marié qui refuse de bavarder. En outre, on s’y plaint 5.5 plus souvent d’un partenaire non marié qui refuse le sexe que d’un partenaire marié qui refuse de répondre à un SMS. Le « responsable » désigné par cela est souvent…..l’homme. En effet, les récriminations pour absence de sexe visent un copain deux fois plus souvent qu’une copine. En outre, une analyse complémentaire a montré que théoriquement, 95% de ces requêtes proviendraient de couples hétérosexuels (donc, qu’une femme en serait à l’origine).

Les grandes compagnies (ex : Google) emploient le test A/B :

Qu’est-ce? Et bien tout simplement, si vous voulez lancer une application et que vous hésitez entre 2 teintes de bleus pour cette appli, vous faites un test A/B : une partie des utilisateurs verra une teinte A, une autre partie la teinte B, et vous regardez laquelle suscite le plus de cliques. C’est ainsi que facebook a réussi à créer une application de plus en plus chronophage, et c’est aussi ainsi que google est arrivé à la conclusion que mettre une flèche dirigée vers la droite sur le bord de ses publicités augmentait de façon notable le nombre de cliques sur ces pubs.

Bon, j’espère vous avoir donné envie de lire ce livre. Passons à la partie suivante, car c’est bien beau de réécrire le contenu du bouquin, mais quel sentiment laisse ce livre?

Critique (mini) :

Si l’idée de ce livre pouvait-être résumée en une phrase, ce serait : ne croyez pas ce que les gens disent, mais croyez ce qu’ils font. Etant un grand fan de modèle psychologique et sociologique, je me heurte très très fréquemment aux protestations de mes pairs sur le fait que c’est « faux : pour eux ce n’est pas comme ça ». Alors ce livre m’a bien entendu conquis lorsqu’il a apporté la preuve sur un plateau que dans l’ensemble, nous mentons tous, consciemment ou pas, sur ce que nous pensons et faisons afin de « manipuler » l’image que nous renvoyons au monde (la partie du livre dédiée à Facebook est juste gé-niale tellement elle assassine les utilisateurs en quelque lignes).
Ce livre est bien écrit, entraînant, on y sent la patte de l’auteur. Il met en avant un nombre impressionnants de faits et dans des domaines très variés (politiques, sport, emploi, jeux, éducation, sexe etc). Il est accessible à tous car l’auteur fait un véritable travaille de « vulgarisation » (je hais ce terme). En outre, et c’est là une force géniale de l’ouvrage, il est travaillé dans l’idée de nous permettre de garder un esprit critique acéré devant des résultats. Entre autres, l’auteur travaille véritablement sur la notion de confusion entre corrélation et cause. Par exemple, si vous regardez toutes les personnes décédées d’un cancer de l’estomac dans les 50 dernières années, elles buvaient toutes de l’eau. Il y a donc corrélation entre décès par cette forme de cancer et boire de l’eau. Néanmoins, il ne faut pas leur attribuer un lien de cause à effet. Ainsi, l’auteur décrit par exemple le fléau de la dimension qui ravira les amateurs de modèles, de traitement de données et de compréhension du monde.
Ce livre permet, entre autres, de mettre à nue la vérité peu sexy qui se cache derrière les visages emprunts de « bonheur » que nous voyons depuis plusieurs années sur Facebook. Ainsi, on nous rappelle une chose essentiellement : ce que l’on met en avant, aux yeux du monde, n’est pas la vérité ni la réalité de ce qui se passe dans les coulisses.

Comme vous l’aurez compris, j’ai adoré ce livre. En tant qu’aspirant à l’érudition, j’ai surtout apprécié ce ressenti que je n’ai pas si souvent : celui de pouvoir « toucher » du doigt la vision de l’auteur. J’avais déjà ressenti cela à la lecture de Deep work, et à nouveau je l’ai ressenti ici. La conclusion de Seth Stephens-Davidowitz est juste parfaite : elle permet de se mettre dans la peau de l’auteur, tout en nous rappelant la morale de l’histoire qu’il vient de nous narrer : il prétend avoir mis plus d’un an à écrire ce livre et y avoir sacrifié beaucoup de temps et de vie sociale, mais peut-être nous ment-il 😉

Je vous encourage grandement à lire ce livre et vous souhaite de vous bien porter!

H

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