A quoi servent les histoires?

Que ce soit au travers de récits de science-fiction, de romance à l’eau de rose, d’ »heroic-fantaisy », d’enquête policière, de contes fantastiques, nous sommes pratiquement tous attirés par un ou plusieurs types d’histoires. Mais pourquoi? Et bien la réponse est très simple : ces histoires nous parlent de héros, mais surtout, elles nous parlent de ce qui nous intéressent le plus au monde : nous-mêmes. Je pense que je ne vous apprends pas grand chose, mais toutes les histoires que nous narrons, du plus petit mythe aux plus grandes épopées longues de milliers de pages, ont pour thématique l’humain (même lorsqu’ils mettent en scène des dinosaures 😉 ). (« on me dit en régie que j’aurais pu m’abstenir de cette blague »)

Quelques leçons faciles :

Harry Potter :

Prenons un exemple que beaucoup connaissent : Harry Potter. Etant donné qu’il s’agit d’un ouvrage « plutôt » pour les enfants, les leçons sont un tantinet naïves (c’est une appréciation personnelle, ne vous offusquez pas pour si peu 😛 ) et surtout, elles sont clairement mises en avant de façon relativement explicite, ce qui est rarement le cas. En effet, une des idées du récit est de permettre souvent différentes interprétations, chaque personne spectatrice de ce récit pouvant le comprendre à sa manière.
C’est essentiellement de la personne d’Albus Dumbledore qu’émaneront ces leçons. Parmi elles, observons les deux plus évidentes :

  • Ce sont nos choix qui font ce que nous sommes, pas nos capacités :
    Dumbledore le dira très explicitement à Harry, mais ce-dernier l’illustrera très tôt dans le récit, lorsque le choixpeau magique lui dira qu’il le verrait bien à Serpentard mais qu’Harry le supplie de ne pas l’y envoyer, choisissant sciemment sa route. Cela sera rappelé par l’attitude défiante de Neville Londubat (l’alter ego de Harry au sein de la prophétie destinant l’un d’eux à vaincre Voldemort) à l’encontre du seigneur des ténèbres lorsqu’Harry est présumé mort.
    En outre, ce précepte de choix est mis plus encore en avant par le fait que Rogue, Mangemort et adepte du monde du mal, reviendra du « bon » côté, donc fera un choix.
  • L’amour c’est bien, et ceux qui vivent sans sont triste (et méchants) :
    Je sais bien que ce récit est destiné aux enfants, mais j’ai trouvé cette « morale » d’une naïveté tellement cruchonne ^^ Dumbledore ne cessera jamais d’insister auprès d’Harry en lui rappelant le lien qu’il a avec sa défunte mère, ses amis et tout son entourage. En outre, il expliquera que non seulement Voldemort ne peut pas aimer, mais que c’est pour ça qu’il est faible (apportant ainsi un argument pour montrer que « aimer les autres c’est bien » -_- cruchonne je vous disais!).
    Rogue incarne là aussi celui qui a été « sauvé par l’amour » car c’est son amour pour Lily Potter qui le fera revenir du côté des gentils.

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J’aimerais apporter une nuance à ces propos (afin de tirer plus encore dans le pied de ce monument qu’est Harry Potter) : avoir un bon méchant est essentielle à une histoire. En effet, un méchant bien incarné permet de donner un visage correcte et crédible à l’adversité (nous renvoyant aux obstacles de notre propre existence). Or, une des bases du bon méchant (dans la majorité des cas dirons-nous) est qu’il doit avoir une raison d’être méchant. Dire simplement « ce type est méchant parce qu’il est méchant » crée généralement de très mauvaises bases. Or, c’est exactement ce qu’est Voldemort, et sa simple existence remet en question tout ce que Rowling tente de poser en terme de morale. En effet, Tom Jedusor est issu d’une union illégitime (et forcée, car sa mère avait drogué son père biologique grâce à un filtre d’amour). En outre, sa lignée est plus ou moins consanguine depuis plusieurs générations (les sangs purs, tout ça…). Tom Jedusor n’est jamais présenté comme ayant fait le choix d’être mauvais : il EST mauvais (depuis tout petit il torture les enfants de son orphelinat et fait du mal aux animaux). Et là on a un problème : le principal antagoniste est mauvais du fait de sa lignée (qu’il n’a pas choisie) et n’est jamais présenté comme réalisant un choix entre le bien et le mal : il est naturellement attiré par le mal. En outre, comme le dit Dumbledore, il est « incapable d’aimer », or le problème est qu’il n’a pas choisi cela non plus. Mais c’est là que c’est véritablement important : Voldemort n’est pas un « vrai » personnage : il incarne le Mal à l’état pure, l’adversité. La mère de Drago Malefoy, sachant son enfant vivant, décidera de ne pas révéler que Harry n’a pas été tué par l’avada kedavra de Voldemort, Sirius Black, issue d’une famille au sang pur de mages noirs, deviendra bon, ainsi la rédemption est possible pour les mauvais issus d’une « mauvaise » lignée. Mais pour Voldemort, elle n’est pas possible tout simplement car il n’incarne pas une personne soumise à des choix mais une force de l’équilibre « universel » : le Mal, s’opposant au Bien.
Pour faire un parallèle avec un autre univers, celui de Star Wars, L’Empereur Palpatine incarne lui aussi le Mal absolu, et Anakin, qui aura ses moments de bonnes et mauvaises actions, reste une « personne » capable de faire des choix.
Pour finir, et énoncer un fait assez évident, si Voldemort est l’incarnation du Mal, Dumbledore est celle du Bien. En effet, malgré ses grands discours sur l’amour, on ne connaît aucune compagne ou compagnon (Rowling avait évoqué son amour pour Grindelwald qui fut son unique coup de coeur), et bien qu’il prétende le contraire lors d’une de ses entrevues avec Harry, il ne semble pas réellement attaché à quelqu’un. Il semble juste bienveillant vis-à-vis des personnes, car il SAIT que c’est ainsi que le Bien fonctionne. Il est le Bien s’opposant au Mal tentateur, cela étant bien mis en avant par le fait qu’Harry entend la voix de Voldemort en lui et présente de nombreuses similitudes avec lui mais reste du bon côté, et également par les péripéties de Drago Malefoy qui, lorsqu’il devra tuer Dumbledore, refusera de le faire (ce-dernier réussissant ainsi à sauver son âme, le meurtre représentant la perte de l’âme dans l’univers de Harry Potter).

Le Seigneur des Anneaux :

Il me semble qu’au sein du roman de fantaisie, on aura rarement fait une allégorie aussi évidente : l’anneau unique (plus fort que tous les autres et donnant le potentiel à son Maître de devenir le maître du monde) représente le pouvoir. Tolkien n’a pas cherché la subtilité : cet anneau, s’il est porté par un homme, le corrompt (le pouvoir corrompt etc). Mais il en est de même pour les autres (la plupart des autres) êtres de la terre du milieu : les Istaris comme Gandalf (craignant de toucher l’anneau), les grands elfes comme Galadriel qui deviendrait « une Reine de l’aurore à la place du Seigneur des ténèbres » mais serait tout aussi cruelle etc.
Les seuls non-corruptibles par l’anneau (ou plus lentement corruptibles) sont les Hobbits, ces semis-hommes bons vivants qui au final sont difficiles à corrompre car leurs essentielles ambitions dans la vie sont l’herbe à pipe et la bonne chair.

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Une autre leçon importante (et un peu tautologique) est le fait que ceux qui recherchent le pouvoir finiront par en faire mauvais usage et que le pouvoir ne devrait être exercé que par ceux qui l’obtiennent contre leu gré. Aragorn refuse d’assumer le rôle du roi du Gondor, portant la honte de son aïeul, Isildur, qui n’avait su détruire l’anneau, corrompu par son pouvoir. Aragorn montera cependant sur le trône afin de redonner l’espoir au monde des hommes : il ne le fera pas parce qu’il le veut, mais parce qu’il le DOIT.
En outre, Saroumane, le plus puissant des 5 Istaris, et « méprisant » avec les hobbits, finira par s’attaquer au monde qu’il devait défendre (ce qui est bien symbolisé par son entreprise de bûcheronnage de la forêt de Fangorn) et c’est Gandalf qui prendra sa place, là aussi, par obligation, devenant le nouvel Istari « blanc ».

Enfin, dans la droite ligne des deux points précédents, il y a l’idée sous-jacente et triviale que chaque être vivant a son rôle a joué. Cette idée est magnifiquement représentée par la phrase de Galadriel destinée à Frodon : « Même la plus petite personne peut changer le cour des choses. »

 

Ainsi, les récits sont des allégories de l’adversité que nous rencontrons tous au cour de notre vie. Les héros et leurs antagonistes incarnent différentes réactions face à cette adversité, réactions dont le lecteur/spectateur peut s’inspirer dans ses choix propres.

 

Le héros et son antagoniste :

Il n’y a pas de bonne histoire sans bon méchant. Précédemment, je vous évoquais le fait que le méchant  doit avoir ses raisons d’avoir mal tourné, sauf s’il incarne parfaitement le « Mal ». Il n’est alors plus un personnage qui a fait le « mauvais » choix, mais l’allégorie parfaite d’une force que l’auteur cherche à illustrer. Un exemple de personnage ayant mal réagi face à l’adversité et ayant sombré serait « Double Face » dans Batman, et l’exemple de personnage étant mauvais, incarnant littéralement une force « mauvaise », serait celui du Joker (c’est ce que signifie la phrase de Alfred dans the Dark Knight « some men just want to watch the world burn« ).

Un antagoniste performant :

Les gens oublient souvent cela, mais beaucoup d’antagonistes ont-été ratés car ils étaient nuls comme méchants. Quelle est la fonction principale de ce personnage? Mettre des bâtons dans les roues du héros, et plus il y arrive, plus il est performant. Dans Pirate des Caraïbes, Davy Jones est un très bon méchant car il arrive à causer du tord à un anti-héros, Jack Sparrow, supposé ne tenir pratiquement à rien (oui, c’est plus facile de faire chier un Batman qui s’inquiète de la sécurité de chacun dans une ville de plusieurs millions d’habitants qu’un pirate ayant la réputation d’être sans foi ni loi).
En outre, ce qui fait d’un méchant un bon méchant est qu’il est le gentil de sa propre histoire, ou, formulé autrement, c’est un méchant qui a ses raisons, et non pas qui est méchant simplement parce qu’il faut un antagoniste. Le méchant qui est méchant parce que « c’est cool d’être méchant » n’est pas intéressant, pas plus que le héros qui est gentil car « c’est gentil d’être gentil » (il y a quelques exceptions à cette règle : par exemple le Joker, comme cité plus avant). Mais pourquoi donc? Et bien il y a plusieurs raisons :
Tout d’abord, il est important que l’on comprenne les motivations du méchant afin de saisir ce qu’il recherche, quel est son but. De plus, l’histoire du bon et du vilain est en réalité la même, mais avec une issue différente : comment chacun a réagit face à l’adversité. La réponse est simple : le héros a choisi le bien, l’héroïsme, le méchant a choisit le mal, l’égoïsme. Ainsi, on nous dépeint alors une histoire qui pourrait-être la nôtre, selon le choix que l’on fait. La réalité n’est pas noire ou blanche : elle est teintée de gris. Conséquence de cela, il est beaucoup plus intéressant d’avoir un antagoniste qui a sombré dans les ténèbres qu’un antagoniste juste réglé sur « grand méchant » par défaut.

L’opposition dans la ressemblance :

Le succès des duo héros/méchant repose souvent sur leurs ressemblances ainsi que leurs oppositions :

-Batman ne sourit jamais, il est sombre et représente l’ordre/le Joker sourit et rit en permanence, il est bariolé, plein de couleurs et représente le chaos
-Néo et Smith portent des lunettes de soleil, sont habillés en noirs, semblent impassibles, s’expriment calmement. Mais Néo porte un manteau long hors normes là où Smith porte un costume traditionnel. Néo est unique (« the choosen One ») là où Smith est multitude. Néo se bat pour l’humanité entière et les programmes de la Matrice là où Smith ne se bat que pour lui-même
-Sherlock (dans la série de la BBC) et Moriarty partagent un trait commun capital : ils s’ennuient! Mais là où l’un à choisi d’être « du côté des anges » l’autre à choisi celui des démons. La raison en est simple comme le dit Moriarty : les gens sont marrants car prévisibles, mais du coup tellement ennuyeux. Ces deux protagonistes portent un costume, mais S. n’a pas de cravate là où la chemise de M. est parfaitement boutonnée et et « cravatée », S. a les cheveux longs et en bataille, M. les a courts, S. monte dans le taxi mais c’est M. qui le conduit etc.

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Il est important que le héros et son antagoniste aient cette ressemblance, car elle permet de mettre en lumière les similitudes qui font que le héros a « bien » réagi face à l’adversité, là où le méchant a lui « mal » réagi. Plus chacun des deux partis sera nuancé, plus nous aurons envie d’en apprendre plus sur lui afin de savoir comment cette nuance est distillée.

Mais plus important, c’est cette ressemblance, ou ce thème commun, qui fera l’opposition des héros. Dans le cas du duo batman/joker, il s’agit donc de l’ordre vs le chaos. Dans le cas de Sherlock/Moriarty, il s’agit d’un combat pour celui qui aura l’intellect le plus performant. Ainsi, l’histoire qui nous est racontée permet de donner deux scénarios (au moins) de la manière dont évolue une idée, un thème, selon la personne qui le traite, ces scénarios étant joués par nos deux antagonistes.

La cas du Seigneur des Anneaux est très intéressant car Sauron, représentant le principal antagoniste, fait écho à la thématique de chaque héros :
-pour Frodon, il représente la perte de ce qui lui est cher : ses amis, ses sensations (la nourriture, l’herbe fraîche sous ses pieds, sa tranquillité etc)
-pour Sam, la perte lente mais régulière de son lien avec son maître Frodon
-pour Galadriel, le combat contre la corruption du pouvoir
-pour Aragorn, il représente également ce combat mais également l’opprobre des hommes qui n’ont pas su combattre cet attrait pour le pouvoir (Isildur qui n’eut pas la force de détruire l’anneau)
-pour Gandalf enfin, il représente très symboliquement l’échec des valars de « lumière » contre le valar des ténèbres, Melkor/Morgoth.

L’objectif majeur de l’antagoniste :

Le rôle du méchant d’une histoire est de permettre le développement du héros de par les épreuves qu’il lui imposera et le ou les choix qu’il forcera chez lui. Le summum de cela sera sans doute, dans Harry Potter 7, le fait que Harry doive nécessairement se sacrifier pour que l’horcruxe qui est en lui soit détruit, ce qui fait une opposition parfaite : Voldemort le frappe de son sortilège le plus puissant afin de sauver sa vie, et Harry accepte de donner la sienne pour sauver celles des autres. Néanmoins, ce « choix » n’en est pas vraiment un dans le sens où Harry n’aurait à aucun moment pu être un héros s’il avait hésité devant ce choix qui est si évident qu’on ne se pose même pas la question de ce qu’il fera. Mais dans l’idée, c’est exactement ce qui amène le développement du personnage (développement également réalisé par Dumbledore qui, par ses beaux discours sur la force de l’amour et de l’amitié, avait amené Harry à faire ce choix avant même qu’il y soit confronté. Mais alors….Dumbledore serait-il en réalité le VRAI antagoniste de la saga???? La mystère reste entier 😛 ).

 

La valeur de l’antagoniste :

Afin que nous éprouvions de l’angoisse pour le sort du héros, mais également que l’étendu de ses prouesses nous atteigne, il faut que son adversaire soit de taille. Et cela, on peut le foirer de deux grandes manières :
-en faisant un méchant aux performances nazes : Lucius Malefoy, Ratcliffe de Pocahontas, Malekith (le méchant de Thor 2…le machin est tellement pas crédible qu’il est dévisagé au milieu du film par un tir « perdu » de Thor. Bon j’exagère un peu, mais c’est pratiquement ça) etc. Le pire, c’est de faire des méchants « cons ».
-en protégeant le héros par le fameux « plot armor ». Un exemple : on se doute que dans Harry Potter 3, Harry ne va pas se faire tuer…sinon bonjour les 4, 5, 6 et compagnie. Par conséquent, il est protégé par l’histoire (on peut alors jouer sur le sort de ses sidekicks).

En évitant ces deux grands écueils, on peut parvenir à faire un méchant de taille. Par exemple dans « the dark knight », le succès du film s’explique par le fait que le joker est redoutable comme adversaire : c’est un stratège remarquable, il n’en finit pas de surprendre les spectateurs et Batman. Ainsi, lorsque Batman finit par le neutraliser à la toute fin, on découvre que le Joker a fait de Harvey Dent un criminel, donc qu’il a en que le sorte gagné face à Batman, qui se retrouvera alors contraint de faire un choix : dire la vérité, en salissant la réputation de « chevalier blanc » de Harvey, ou bien endosser les crimes de ce-dernier, et donc passer lui-même pour un criminel, mais sauver le bien commun de Gothamcity.

 

Conclusion :

Les histoires, qu’elles soient des paraboles religieuses, des contes, des scénarios de films, constituent une allégorie de notre réalité, un moyen de transposer celle-ci pour nous permettre de la voir sous un autre jour. Ainsi, les différents protagonistes de l’histoire, qu’ils soient du côté du Bien ou du Mal, sont autant de personnages auxquels nous pouvons nous identifier, afin de tirer leçon de leurs choix. La beauté du récit onirique, héroïque, médiéval, romantique nous permet de voir sous un angle nouveau des problèmes qui sont ceux du réels. En cela, les antagonistes du héros représentent de véritables personnes, mais parfois, des idées, des allégories (ex trivial : la Mort).
Mais surtout, les histoires nous rappellent que ce qui fait la différence entre les héros et leurs adversaires, ce ne ni leurs apparences, leurs origines, leurs péripéties, mais bien la manière dont ils réagissent à tout cela.

 

Sur ces bonnes paroles, je vous dis à bientôt,

 

H

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