Le Code de l’Immortalité, de Miraslov Radman (Critique bien énervée)

Disclaimer : il est possible que cette critique soit relativement virulente et je m‘en explique : en débutant ce livre, et à la vue de son résumé, il était promis une présentation descriptive des phénomènes d’oxydation frappant les protéines de notre corps et causant les défauts de fonctionnement physiologique de celui-ci par vieillissement (« oxydatif »). Or, ce livre ne contient que très peu de véritables explications de ces phénomènes. En outre, cet ouvrage, par son titre et son résumé, se présentait à mes yeux comme un recueil de vulgarisation de génétique et de biochimie. Très rapidement, j’ai réalisé que ce n’était pas le cas : il s’agit davantage d’un recueil autobiographique qu’autre chose. Or, je n’ai pas signé pour ça (comprendre par là : lire les anecdotes de vie d’un généticien totalement inconnu qui a grandi en URSS n’était pas ce que je venais chercher). Mais je dois reconnaître que sur les 25 lignes du résumé au dos de ce livre, les 2.5 dernières spécifient qu’il s’agit d’un « essai… », donc par conséquent, j’aurais du être préparé 😛

 

Introduction :

Radman est un biochimiste généticien d’origine yougoslave ayant étudié/travaillé entre autres aux USA, en Belgique et en France. Le fondement de son travail repose sur l’idée que le vieillissement, les maladies neurodégénératives et les cancers sont tous liés à l’oxydation des protéines de notre corps.
Je vais vous résumer en quelques mots le contenu « vulgarisé » de ce livre : les protéines oxydées sont responsables du vieillissement et de nombreuses maladies qui touchent notre société, l’organisme a des moyens de réparés notre ADN, mais parfois, lorsqu’il y a trop d’erreurs, la réparation n’est pas possible, c’est le nombre de différences entre deux molécules d’ADN d’un spermatozoïde et d’un ovule qui rend possible la fécondation (ou pas), bien que l’on puisse artificiellement influencer la molécule « comparant » ces erreurs, il existe des bactéries « super résistantes » à des conditions extrêmes ou certains antibiotiques dont nous pourrions nous inspirer pour protéger nos protéines de l’oxydation, et pour finir : dans la vie, quand on n’avance pas, on meurt, car seul ce qui accepte le changement et s’y adapte est destiné à persister.

Voilà, j’ai résumé ce que cet ouvrage contient de réellement informatif (j’espère que j’ai ainsi réussi à justifier mon « agacement » vis-à-vis du manque de contenu. 205 pages le bouquin quand même 🙂 ).

Mon problème avec cet ouvrage :

L’auteur semble avoir une réelle envie de faire partager son monde, celui de la recherche et du culte de la connaissance, et c’est tout à son honneur. Le problème étant que sur 200 pages, les 110 premières ne sont pratiquement employées qu’à la narration de sa vie. Ensuite, nous avons droit à un peu de génétique, mais toujours saupoudré de PLEIN DE STORY TELLING (je ne sais pas combien de temps il passe à nous décrire le ou les bars dans lesquels il allait jouer de la musique. Bordel…mais ON S’EN FOUT. Quand on achète un bouquin appelé « Le code de l’immortalité », se présentant comme un ouvrage de vulgarisation de génétique, est-ce qu’on s’attend à lire les souvenirs d’un gars qui aimait jouer de la guitare dans les bars de l’ex URSS ou en Belgique???). Je n’ai rien contre ça, si c’est utilisé à bon escient, ce qui n’est ici pas le cas. L’intérêt de narrer son histoire à un lecteur est de lui permettre d’en transposer les leçons dans sa propre vie. Or, cet auteur passe le plus clair de son temps à mettre en exergue combien sa vie était justement exceptionnelle et différente de celle des autres et que c’est pour cette raison qu’il a réussi scientifiquement. Mais c’est là le problème ce n’est pas une parabole pour le lecteur lambda mais c’est une apologie de la vie de l’auteur.

En outre, il emploie un style qui, si vous l’avez déjà vu dans la bouche de quelqu’un, est affreusement horripilant. C’est le style de « non, mais je n’ai pas la prétention de dire que ce que j’ai fait est bien, mais bon, en tout cas, j’ai cartonné de ouf en le faisant et les résultats étaient géniaux. » En gros, c’est peinturluré de fausse modestie. Les 30 premières pages, ça passe, mais au bout de 200….apparemment, il a reçu beaucoup de prix prestigieux, mais je n’ai absolument pas retenu pour quelles découvertes, tellement le propos est noyé dans son racontage de vie (je vais être honnête avec vous, j’ai écrit cette critique il y a quelques mois, je la relis aujourd’hui, et ça me fait franchement chier de dégommer ce bouquin comme ça, mais en toute honnêteté, j’ai tellement le sentiment que c’est à côté de la plaque cet ouvrage….).

 

Le ton du livre :

Tout est beau, tout est génial, tout est magnifique. Mais lorsque l’auteur nous raconte qu’avec deux gosses et une femme à charge, après 20 ans de carrière, il gagnait 2300 euros en France ou en Belgique (désolé je n’ai même plus envie de vérifier dans quel pays c’était) et que c’était quand même assez cool car ça apprend des trucs sur la vie, on a du mal à continuer à lui attribuer du crédit car, soit il est taré, soit il ment. Loin de moi l’idée de dire que l’argent est un incontournable du bonheur, mais de qui on se fout…..vous avez 40 ans, vous gagnez 2300 euros pour nourrir toute une famille (sa compagne ne travaillant pas) alors que vous êtes censé être un scientifique mondialement reconnu, mais « no problemo ». C’est triste en soi : cet homme, par ce type de discours, nourrit un cliché qui est en train de flinguer la recherche de manière générale : « c’est la passion, donc pourquoi voudrais-je être payé? »

L’optimisme c’est bien, sauf que là ça sonne carrément « absence de jugement » : l’auteur passe son temps à citer les gens avec qui il a travaillé, collaboré, construit, en les encensant. C’est cool. Mais le problème, c’est que si je vous parle de 60 personnes (qui vous sont pratiquement toutes inconnues sauf Einstein) et que je vous dis qu’elles sont toutes plus géniales les unes que les autres, je ne passe pas pour quelqu’un avec un jugement capable de distinguer les bonnes choses des mauvaises, les bonnes personnes des néfastes, non, mais je passe juste pour un lèche cul ou bien pour un gros naïf.

La partie vulgarisation :

Honnêtement, c’est là véritablement une grande déception. On a l’impression que pour étayer l’histoire de sa vie, Radman nous balance des « trucs scientifiques »….c’est triste et pas très gentil de dire cela de cette manière, mais c’est ça. Il parle d’ADN, de mésappariement, de recombinaison, mais BORDEL PAS UN PUTAIN DE SCHEMA. La base de la génétique repose sur des suites de nucléotides, fonctionnant par paire A-T et C-G. Imaginez que Radman ne fait qu’en parler, mais ne met pas un seul schéma, alors qu’on est justement dans des phénomènes de type « emboîtement de legos ». Je ne sais pas…un ou deux schémas, ça ne mange pas de pain, si ? Honnêtement, j’ai à peu près suivi toutes ces idées, mais je suis loin d’être un néophyte en génétique, et c’est CA le principal problème de ce livre : c’est un livre tout public qui ne l’est PAS. Et c’est en cela que je suis très virulent à l’égard de l’auteur : s’il avait raconté sa vie pour illustrer l’évolution de sa pensée sur sa thématique de recherche, c’eut-été compréhensible. Sauf que justement, la partie recherche, expliquée juste de manière « écrite », sans aucun schéma, et de manière anecdotique dans le récit de sa vie, nous impose une chose simple : l’auteur ne cherche pas à illustrer des phénomènes scientifiques grâce à sa vie, il cherche à raconter sa vie et à la crédibiliser par des « trucs scientifiques » (je ne dis pas que c’est l’intention de l’auteur, je dis juste que c’est ce qui ressort de la lecture).

 

Conclusion :

Ce qui me chagrine beaucoup avec ce livre, c’est que je saisis tout à fait ce que l’auteur essaie de nous dire lorsqu’il narre les hésitations qu’il a eues plus jeune entre les différents domaines scientifiques. Il explique que selon lui, l’hyper-spécialisation, et le fait de se cantonner à un seul domaine sont négatifs pour la créativité et la recherche scientifique, et je ne peux qu’abonder dans son sens car je me suis toujours intéressé à de très nombreux domaines, et je pense que les connaissances ainsi que les méthodes de chacun de ces domaines permettent une compréhension plus profonde des choses. Cependant ce message est totalement perdu par sa manière d’écrire et surtout par le « public » visé. S’il s’agit d’une personne lambda non scientifique, Radman donne une image trop « lointaine » de ce qu’est le monde de la recherche pour que cette personne comprenne son délire (qui n’en est pas un) sur le « multi domaine » car il passe pour un idéaliste obsédé par une seule chose : la science. C’est un peu comme si Sheldon Cooper dans Big Bang Théorie vous expliquait que ce serait bien de faire de l’algèbre linéaire en CM2. S’il s’agit d’un autre public, les politiciens « payeurs » de la recherche ou responsables des programmes scolaires, la problématique est quasi la même car ces-derniers sont satellités et doivent penser la même chose de la personne qui écrit ce livre.

Vu que nous sommes dans la conclusion, je peux en parler : la conclusion de ce livre est elle aussi ratée. On peut donner de nombreuses teintes à une conclusion, mais cette-dernière est essentielle car c’est sur cette teinte que l’auteur quitte son lecteur. Or, une fois encore : Radman nous parle d’un énième mec qu’on ne connaît pas, et nous raconte une de ses expériences certes marrante, mais totalement hors de propos dans une conclusion d’un ouvrage de 200 pages. Même le message final (présent dans les dernières pages et la conclusion il me semble) mettant en avant le fait qu’il ne faut pas avoir peur de la connaissance et se limiter sous prétexte d’une « responsabilité scientifique » est foiré car il construit tellement de lui une image d’hurluberlu pour qui seule la science a de l’importance que ce type de paroles passe pour celle d’un fanatique, ce qui est dommage car il a fondamentalement raison.

Pour finir, je ne recommanderais pas particulièrement ce livre. Il n’apprend rien de fantastique scientifiquement, il n’est pas passionnant à lire et l’auteur, je pense, vous perdra si vous n’avez pas un minimum de bagage biologique, en plus de ne pas parvenir à partager réellement ce qu’est l’atmosphère du monde de la recherche à des non-initiés.

 

 

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