Culture vs Pas culture

Disclaimer : cet article n’est pas un « bachage » bête et méchant de thématiques « superficielles » comme le maquillage ou la musculation que j’opposerais à la sacro-sainte culture de la lecture. Il n’a pas non plus pour objectif de porter un jugement de valeurs sur les centres d’intérêts des gens. Parmi les nombreux hobbies, passe-temps et activités auxquels je m’adonne, les jeux vidéos, les séries/films de plus ou moins bonne qualité, la musculation et autres choses fantastiques ont une place de choix. Mais la lecture également, de mangas, d’ouvrages scientifiques, de fictions, de boîte de céréales, j’en passe et des meilleures, a également le droit à une petite place. Je pense que l’équilibre est une bonne chose. Et c’est là que cet article intervient : il vient pointer du doigt un déséquilibre.

 

Le titre claque hein? Bon dans cet article, je vais vous faire part d’une observation que j’ai faite tout récemment concernant le nombre de personnes abonnées à certaines chaînes youtube et l’influence de la thématique de ces chaînes.
Ne tournons pas autour du pot : étant pris d’une envie de comprendre certains processus littéraires, en particulier ceux liés à l’inventivité et la créativité, j’ai glané de-ci delà quelques infos sur ce beau monde qu’est celui du youtubegame. Et finalement, le bilan est là : il y a beaucoup de chaînes dédiées à la littérature (critiques, conseils d’écriture, de lecture, revues d’ouvrages etc) mais ces chaînes ont toutes des scores d’audience incroyablement bas.
Connaissez-vous Tibo Inshape? (si ce n’est pas le cas, sortez de votre bulle) Ce garçon, j’ai commencé à le suivre lorsqu’il avait 40000 abonnés, lorsque sa chaîne dédiée à la musculation et l’humour était « modeste ». A l’époque, il était « petit » comme youtubeur : aujourd’hui il a plus de 5 millions d’abonnés. Et bien sachez que parmi tous les « booktubeurs » (grosso modo, les youtubeurs parlant de livres), le plus « gros » que j’ai trouvé compte 63 000 abonnés au moment où j’écris cet article. Après une recherche d’un bon quart d’heure (c’est énorme si on compare cela à des thématiques comme la muscu, le bien-être, les séries-ciné, les tuto, la nutrition, le maquillage, la vulgarisation, le développement personnel, les jeux vidéos etc), je ne suis pas parvenu à trouver un seul youtubeur littérature arrivant au moins aux 100 000 abonnés. Peut-être que j’ai raté quelque chose, mais entre la reine du maquillage Enjoyphoenix, la star des jeux vidéos Squeezie, le roi de la musculation Tibo Inshape et Norman et Cyprien, les leaders du podcast, je ne suis pas parvenu à trouver le « Tolkiennator » youtube de la littérature. Bon, je suis un peu injuste : j’en connais au moins Raj, de la chaîne Autodisciple, culminant à 189 000 abonnés. Seulement….initialement ce youtubeur s’est fait connaître grâce à des vidéos de techniques de séduction et à de la drague de rue en caméra cachée. Et même si la chaîne autodisciple contient une majorité de vidéos « résumé de livres », il y a deux choses à nommer qui recoupent ce que je disais plus haut : d’une part les livres en question tournent énormément autour du développement personnel, d’autre part, ce sont des résumés, aussi on ne parle pas réellement de littérature : on regarde un contenu qui nous mâche le travail. Mais j’y reviendrai plus tard. En quelques mots : la littérature ne semble pas être un sujet qui motive beaucoup les personnes venant sur youtube.
(Notez l’ironie : je vais régulièrement sur youtube depuis 8-9 ans, je viens tout juste de réaliser que les chaînes purement littéraires sont délaissées 😛 Le type qui fait complètement partie du mouvement qu’il dénonce.)

Vous me direz, cela peut sembler logique : youtube est un ersatz de télévision et la télévision a toujours été un peu opposée aux livres dans notre vision du monde. On pourrait donc s’expliquer ce phénomène de non-intérêt des chaînes littéraires par le fait que tout simplement, le public appréciant beaucoup les livres ne vient pas sur youtube. Mais je pense que c’est une vision simpliste et vraiment manichéenne du monde : à quel moment il a été prouvé que lorsqu’on aime lire, on n’aime pas les médias audiovisuels, et inversement? L’explication est sans doute ailleurs. Mettons de côté l’argument des spectateurs qui se sentiraient proches de leur youtubeur préféré : cet argument fonctionne tout à fait avec la littérature.

Je pense que l’explication vous l’avez trouvé tout seul comme des grands : ce phénomène nous indique tout simplement que les gens lisent peu (je ne dirais pas de moins en moins car youtube et le nombre d’abonnés n’existaient pas il y a 30 ans, donc difficile de comparer). Parmi les priorités des gens, la lecture n’est pas au sommet. L’apparence semble l’être : quand on voit le nombre de chaînes dédiées au maquillage, à la musculation et au sports ainsi qu’au « lilfestyle » et à la nutrition, il est évident que l’image est une chose qui occupe une place importante parmi la liste de préoccupations des gens. (Et ils ont raison, l’image, quoiqu’on puisse en dire, est une des clés majeures de nos interactions sociales). Le développement personnel, le yoga, tout ça tout ça….et bien dans une époque où la dépression, la remise en question et les interrogations existentielles explosent, il n’est pas non plus surprenant de voir les chaînes traitant de cette question exploser. Parmi ces thématiques arrive la question du divertissement « pur » : divertir c’est bien, on aime, c’est pourquoi les jeux vidéos et les chaînes dédiées aux jeux pour enfants et à l’humour ont également le vent en poupe. Mais si cela est vrai….pourquoi diantre des chaînes traitant de littérature (un divertissement en théorie) ne semblent pas tourner aussi bien?

La littérature, elle, demande de fournir plus d’efforts. Heureusement ou malheureusement, une grande partie de notre histoire évolutive nous a poussé à développer et rendre efficace notre compréhension du son et des images (il y a 200 000 ans, je doute que la lecture ait-été très répandue, mais les interactions sociales, la chasse et autres si). Cela a une conséquence toute simple, mais qui malheureusement est néfaste pour nous et notre monde : le cerveau doit faire plus de choses pour comprendre un texte que pour comprendre une « scène » visuelle et sonore. En outre, un des fondements de la lecture est l’exigence qu’elle a vis-à-vis de l’imagination du lecteur, ce qui est apprécié de certains, mais sur le plan fonctionnel, rend la lecture plus exigente que le visionnage d’un médium audiovisuel. Bien sûr, je peux comprendre qu’après une longue journée d’école, d’université, de travail, nous voulions mettre notre cerveau en pause et ne pas lui en demander plus que ce qu’il a déjà du accomplir. Malheureusement le bilan est là : nous ne lisons pas beaucoup en comparaison du temps que nous passons sur les réseaux sociaux, devant des séries, des films ou des vidéos youtube  (bon point cependant, dans les dernières années, le nombre moyen de livres lus par les français a augmenté, l’explication venant de l’expansion du marché du livre numérique ainsi que de l’engouement que créent bloggers [à votre service messieurs dames], youtubeur et influenceurs.
La puissance communicatrice de youtube a eu de bons effets : des chaînes telles qu’e-penser, sciences étonnantes ou encore hygiène mentale permettent de rendre des savoirs accessibles à tous. Cependant, on constate quelque chose : en-dehors des chaînes à succès type « muscu/tuto beauté » et divertissement, les autres sont souvent liées à un « gain » de temps pour le spectateur : résumé de livres, liste « 5 choses à faire si tu veux réussir à », vulgarisation scientifique etc. Et c’est là un gros problème : plus notre société et nos moyens de communication sont perfectionnés, plus nous voulons gagner du temps, mais nous sommes en train de troquer l’information « brute » contre la compréhension de celle-ci (dans les 48 lois du Pouvoir de Greenes, connaître ces lois, qui sont les chapitres du livre, ne vous en apportera pas la compréhension). Les gens veulent savoir, mais ne désirent pas comprendre, et c’est malheureux. Sans doute, en comprenant, il y aurait moins de guerre entre vegans et non vegans, féministes et non féministes, complotistes et non complotistes, j’en passe et des meilleurs (et enfin les gens se rendraient compte que les « earth-flatters » ont raison : LA TERRE EST PLATE!!!!). Ces chiffres liés au nombre d’abonnés de chaque chaîne mettent en exergue un phénomène inquiétant : le fait que les gens veulent avoir le droit de décider, d’être libre, de choisir leur destin, mais à côté de cela, ils se donnent de moins en moins les moyens de le faire en connaissance de causes. Lorsque je regarde un résumé de livre, si je me dis que c’est intéressant, ma réaction logique devrait-être de vouloir lire ce livre (et encore plus si ce résumé heurte ma conception des choses car c’est là que j’apprendrai beaucoup, sans aucun doute). Or ce n’est pas le cas pour beaucoup : le réflexe est davantage de se dire « j’ai eu les idées clefs, pas besoin de le lire, j’ai l’essentiel » mais non…malheureusement, ça ne fonctionne pas comme ça.
Un livre ça prend du temps (je suis un lecteur très lent donc je suis bien placé pour le savoir) cependant ce temps permet d’acheter des choses précieuses : la vision de l’auteur, le cheminement de sa pensée, le temps nécessaire à votre esprit pour conceptualiser ce que vous lisez, et enfin, une meilleure mémorisation de ce que vous avez appris etc. Le savoir est en train de devenir un bien de consommation. De la même manière qu’à présent on peut trouver des mangues ou des pastèques toute l’année en magasin, de l’artisanat de presque tous les pays ainsi que des plats traditionnels et qu’on peut avoir accès à toutes les technologies existantes (ordinateurs de pointe, caméras à la qualité irréprochable, drones etc), la marchandisation de la connaissance s’opère également. La vente de formations accélérées, les sites/blogs/fiches de résumé de livres, la vulgarisation, tout cela est une accessibilité d’une partie de la connaissance, mais une partie seulement, et c’est là le danger (le syndrome du patient qui sait bien que son médecin car il a lu un truc sur doctissimo en est un parfait exemple). Si nos grands parents ont le syndrome de « je l’ai vu à la télé donc ça doit-être vrai », nous, ainsi que les nouvelles générations, avons sans doute le syndrome de « je l’ai vu/lu sur Internet donc c’est vrai ». Que ce soit dans des discussions dédiées à la musculation, la nutrition, la mécanique quantique, la critique cinématographique, la sociologie que j’ai eues, quelque chose ressort constamment et n’est pas très rassurant : les gens répètent ce qu’ils ont entendu ou vu/lu, mais lu « superficiellement » comme on aurait lu « les 10 trucs pour rencontrer votre âme soeur » dans un magasine à sensation. Or, ces personnes « pensent » savoir alors qu’elles sont passées à côté des ouvrages traitant le propos en profondeur et de manière sérieuse, ne faisant pas les raccourcis qui rendent le propos trop simple, parfois erroné.  Formulé autrement, nous nous dirigeons vers un monde où les gens « pensent savoir » alors que ce n’est pas le cas, et où ils sont non seulement « non érudits » mais en plus « non sages » car à mon sens, le cheminement plus « long » qu’impose la lecture permet justement de se rendre compte de l’ampleur de certains savoirs.
Petite remarque succincte : parmi les chaînes traitant beaucoup de littérature, la majeur partie d’entre elles sont animées par des youtubeuses. En outre, parmi la « masse » de lecteurs en France, il s’agit surtout de lectrices. Je vous laisse méditer cela. Ah oui, arrêtez aussi de mentir dans les sondages : 20 livres lus par an pour chaque français en 2017….laissez-moi rigoler. Sauf si je suis une exception « statistique », mais je peux vous garantir que parmi la centaine de personnes que je fréquente régulièrement (amis, famille etc) je ne sais même pas si 3 d’entre eux arrivent à 20 livres/an, et si tels est le cas, je doute qu’il parviennent à eux 3 à lire le bon millier de livres qu’il manque aux autres pour que la moyenne tape à 20. Je considère que je passe beaucoup de temps à lire et j’en suis à peine à 25-30 par an (PS : si les génies du sondage ont placé les BD dans « livres », je n’ai rien à dire 😛 ).

 

Bon, finissons sur une note moralisatrice et casse-pieds. Lisez! Peu importe ce que vous lisez, mais lisez, et faites-le sérieusement, au calme, loin des stimulations habituelles. Voilà quelques points cools de la lecture :
-même si les effets diffèrent un peu, cela s’approche de la méditation (qui est très en vogue à l’heure actuelle, mais un livre, c’est moins chiant quand même 😛 )
-fait réfléchir
-développe orthographe et qualité du vocabulaire
-permet une compréhension plus profonde des choses
-développe l’imagination et la créativité
-développe la concentration
-permet de faire un break (accordez-vous une demi-heure par jour, 5 jours par semaine sans téléphone ni ordinateur à côté de vous. La moyenne du temps passé chaque jour sur facebook est de 17 minutes, ramené sur 5 jours, cela nous fait environ 23 minutes par jour. Je suis convaincu qu’en sacrifiant 4 minutes de youtube, 2 minutes d’instagram et 1 minute de snapchat, on peut arriver à trouver 30 minutes 😛 )
-ça entraîne à lire, ce qui ,à l’ère des études longues, n’est sans doute pas une mauvaise chose
-permet de se la péter en société

Bref, il y a beaucoup d’autres avantages, mais vous avez compris l’idée. Je vous dis à bientôt,

 

H

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