Libre et assoupi, de Benjamin Guedj

Libre et assoupi est un film français sorti en 2014. Pour faire simple, il met en scène un homme de 29 ans qui a une batterie de diplômes en poche mais aucune envie de travailler. Cet article va se diviser en deux parties : une première plutôt critique/teaser et une seconde qui contiendra des spoils. Donc si vous n’avez pas vu le film, je vous conseille de vous arrêter à la fin de la première partie. Here we go! (ah au fait, pas besoin de faire plus de suspense que ça : j’ai adoré ce film, et je ferai tout pour vous motiver à le voir 😉 ).

Première partie (sans spoiler)

L’histoire :

Sébastien, 29 ans, 2 doctorats et 3 masters en poche (et quelques autres jolis diplômes) est envoyé par ses parents à Paris pour trouver du travail. Il est le narrateur de son histoire et semble vouloir instaurer un dialogue direct et honnête avec le spectateur. Il emménage dans une collocation avec Anna, une amie de fac, et Bruno, un jeune enchaînant les petits boulots. Très rapidement, une dynamique (plutôt tranquille) se met en place entre Anna, représentante de la jeunesse qui en veut, Sébastien qui n’a pas plus d’aspiration que toucher le RSA, et Bruno, partagé entre ses propres aspirations et celles que lui servent ses deux colocs.

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Pourquoi c’est un film génial :

Le narrateur :

Je ne vous le cacherai pas, la voix du narrateur apporte un aspect doux, tranquille à l’histoire. De plus, on arrive vraiment à se mettre à sa place, à partager son point de vue sur le monde. C’est reposant.

L’absence d’enjeu :

Dans la droite ligne du précédent argument, le fait que justement il n’y ait rien de « dangereux » dans ce film le rend apaisant. Au final, la pire chose qui puisse arriver au héros est qu’il doive retourner chez ses parents. Cela permet d’être détendu et de profiter davantage du développement et de la personnalité de chaque personnage.

L’humour à la con :

Honnêtement, le trio des collocs est bien réussi (il est génial de mon point de vue, après je ne veux pas survendre et faire des déçus :P). Bruno a des côtés volontairement très bizarres (les yaourts  à l’apéritif, les chips dans le frigo parce qu’elles sont meilleures froides etc), Anna, la maman de la colloc qui les rappellent à l’ordre, et Sébastien et son point de vue philosophique sur tout….l’ensemble fonctionne bien, est plaisant, permet de comprendre les motivations des personnes tout en restant sur un ton humoristique et léger (tain….mais dans cette dernière phrase, je me suis vu « critique allociné » j’vous jure 😛 ).

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En plus de cela, les interactions du héros avec les autres protagonistes (conseillers pôle emploi, patrons, parisiens etc) sont juste fantastiques, avec des personnages caricaturaux mais dans un sens qui ne fait que servir le propos du film (un critique je vous dis!!!! « servir le propos du film », non mais l’expression de fou!!!!).

Une critique de la société bien amenée :

Oui, l’humour et le côté candide et nonchalant du héros permettent de bien amener un message important du film : une critique de ce qu’est le marché de l’emploi actuel en France. Que ce soit des jeunes qui en veulent mais à qui on ne laisse pas leur chance, ou tout simplement des jeunes à qui l’on propose un travail, mais inadapté à leurs compétences, ce film fait clairement la critique de l’état actuel de la situation.

La musique :

La musique fait penser un peu à celle d’Amélie Poulain (je n’y connais rien, mais je pense qu’il s’agit du type de musique caractéristique des films à Paris et parlant un peu de personnes rêveuses ^^). Honnêtement, les musiques sont très belles et bien adaptées au héros.

Bon, passons à la partie avec spoilers!

 

Seconde partie (avec spoilers, au cas où vous ne l’auriez pas encore capté!)

Je ne vais pas faire un résumé de ce qui se déroule dans le film, mais plutôt parler de ce que raconte, en trame de fond, l’épopée de Sébastien. Globalement, Anna symbolise l’action concrète, le fait de décider de sa vie en donnant tout, en étant ambitieux. Sébastien représente le penchant inverse : se laisser vivre, ne pas avoir d’ambition, profiter, avoir une vie simple et détacher du stress et des tumultes et vicissitudes de la vie. Enfin Bruno représente sans doute la personne qui, prise entre ces deux bords, se cherche et hésite! (Comprenez-moi bien : chacun des personnage évolue également et se cherche ^^).

La trame du héros :

Ce film, comme je le disais, n’a pas de « gros enjeu ». Son déroulement peut donc sembler étrange de prime à bord, mais en réalité, ses trois protagonistes principaux auront chacun un but et une évolution au cours de l’histoire.

Sébastien, poussé, par ses parents, devra se confronter à la réalité de la vie. Relativement satisfait dans un quotidien où il ne fait rien, il finira néanmoins par comprendre que ne rien faire ne mène pas très loin (d’ailleurs, rétablissons la vérité : il lit énormément et a une grande culture, et il s’adonne à des hobbies comme cirer son parquet pour y glisser, ou profiter d’une promenade dans la belle Paris etc. A proprement parler, ce garçon n’a pas de travail, mais il ne fait pas rien comme il se plaît à le dire, il fait juste des choses qui sont sans doute non productives mais lui plaisent).
Anna est une battante qui en veut, autant professionnellement que personnellement. Mais voulant trop forcer les choses, elle constate la limite du « pouvoir de chacun sur son propre destin ».
Enfin Bruno cherche à avoir une vie qui lui convienne, mais il oscillera entre la vision de Sébastien et celle d’Anna jusqu’à finalement trouver le juste compromis.

Sans raconter la fin, chacun évoluera et finira par trouver une réponse à ses problèmes :

Sébastien se rendra compte que se donner de la peine pour certaines choses permet de jouir plus encore de la rêverie et du laisser vivre à d’autres moments. Anna, en se laissant aller et en abandonnant un peu la bienséance et l’obsession du « métro-boulot-dodo » réalisera son rêve et Bruno finira par adhérer à la synthèse des deux visions en se lançant dans la vie, mais tout en faisant une chose qu’il aime vraiment. (bref, la vision idyllique!!!)

Deux visions qui s’opposent :

Très clairement, le film nous montre l’existence du yin et du yang. Chaque fois que les personnages s’opposent dans leurs actes ou leurs paroles, aucun n’en ressort vainqueur mais met en lumière les bons et les mauvais côtés de chaque chose. Grosso modo, Sébastien représente le fait de se laisser vivre, d’arrêter un métier ou une chose qui nous déplaît, et de ne pas trop se poser de questions. Vision qui s’oppose à celle d’Anna : il faut un métier, quelqu’un dans sa vie, pour avancer, évoluer et réaliser des choses, et on ne fait pas toujours ce que l’on veut. C’est à l’équilibre de ces deux visions que chaque personnage trouvera son salut.

A cela s’ajoute également la vision du contentement face à l’ambition : selon Sébastien, en se contentant de ce que l’on a, on est heureux. Selon Anna, il faut se demander ce qui ferait notre bonheur et se battre pour l’obtenir. Bien entendu, c’est dans l’équilibre entre les deux que le film viendra apporter une réponse.

Le super triangle amoureux :

Que serait une histoire avec des hommes et des femmes sans….UNE ROMANCE????? (une histoire originale me diriez-vous? Et bien celle-ci arrive à mêler les deux ^^). Bruno est amoureux d’Anna, qui s’en fout, mais qui est amoureuse de Sébastien, qui s’en fout et n’est amoureux de personne (le triangle amoureux avec le couple gay n’apparaît pas, vous y avez cru hein, avouez 😉 ).

C’est une des choses qui fait que ce film est génial. Sébastien n’a aucun but dans la vie, il est insouciant, pas ambitieux, et ne veut rien faire, il est sans emploi, au RSA….et pourtant, il semble être le plus heureux des trois colocataires. Sa situation ne lui pose pas de problème, et il se contente de ce qu’il a. C’est là que c’est fantastique : ce jeune homme quasi érudit a réponse à tout lorsqu’on l’invective, mais il n’est pas rancunier ni belliqueux, juste gentil et insouciant (il est au RSA, mais n’hésite pas à faire l’aumône à un SDF).

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C’est cela qui est touchant : Anna, l’ambitieuse travailleuse, est justement attirée par ce côté jmenfoutiste et insouciant de Sébastien. Elle prêche un modèle, mais s’amourache de son opposé.

La morale juste magnifique :

ATTENTION : si vous n’avez pas vu le film, je vous conseille de vous arrêtez là et de passer directement à la conclusion en-dessous. En toute honnêteté, je révèle un des plus beaux passages du film et ce serait dommage de vous le gâcher, après vous êtes libre 😉

 

Le point d’orgue du film est atteint lorsqu’Anna fait sa déclaration d’amour à Sébastien. Dans un modèle enflammé (et magnifique) elle explique au jeune homme qu’elle l’a désiré, de corps et d’esprit. Qu’elle espérait que lui qui ne voulait rien la voudrait ELLE. Mais que cet espoir a toujours été déçu et qu’aujourd’hui elle ne le supporte plus, c’est pourquoi elle lui demande de partir de l’appartement car elle compte s’y installer avec son nouveau copain.

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Ce passage du film est capital car il révèle par la bouche du personnage opposé au héros la morale de l’histoire : Sébastien n’est en fait pas réellement heureux. Il a juste peur d’échouer et donc s’est convaincu que le mieux était de ne rien tenter. Toute l’idée est résumé par la formule d’Anna : T’as peur. Tu t’es construit un mensonge que t’as réussi à croire mais la vérité c’est que tu fais rien parce que tu t’es certainement dit que le meilleur moyen de pas échouer c’est de rien faire. Tu t’es dit que le meilleur moyen de ne pas mourir, c’est de ne pas vivre. Mais c’est faux. Tu mourras comme tout le monde Sébastien, sauf que toi tu mourras malheureux, sans même avoir essayé d’être heureux. C’est triste. Avant je t’enviais, maintenant je te plains.

A l’issue de cette déclaration, Sébastien ne trouvera rien à répondre (je crois que c’est le seul moment du film où il n’a pas de contre argument) et se contentera de garder le silence pensivement. Cette réaction, de manière évidente, permettra de faire comprendre au lecteur qu’un violent changement s’est amorcé dans l’esprit du héros.

 

Conclusion :

Ce film est une critique parodique de notre société. Le propos est porté par trois personnages qui sont touchants par leur sincérité et la touche d’humour et de légèreté qu’ils parviennent à créer. On passe un bon moment, entre le rire, la réflexion et l’émotion car on se sent vraiment impliqué par le destin de chacun. J’ai vraiment adoré ce film que j’ai trouvé bien écrit, bien réalisé et bien joué. Le ton est léger mais le message est là, on peut y voir différents sens, certains présentés de manière évidentes au spectateur, d’autres, plus cachés. Je vous recommande vraiment ce film et vous dis à bientôt,

 

H

 

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