Les origines

Chapitre 1 : les héritiers

En un lointain royaume, dans un monde bien éloigné du nôtre, vivait un Empereur très puissant, enchanteur à ses heures, et souverain de ce monde. Sachant que son règne ne serait pas éternel, cet Empereur choisit une femme comme Impératrice. Lui étant un homme aux yeux bleu vif, à la chevelure dorée comme le soleil et à la peau ébène, elle étant une femme au teint très pâle, portant une longue chevelure d’un noir abyssal et ayant des yeux sombres et teintés de lueurs semblables à des étoiles scintillantes.

Neuf mois après leur mariage naquirent de leur union deux jumeaux. Le premier vint au monde sans difficulté, mais le second mis sa mère au supplice une nuit durant. L’Empereur, très amoureux de sa femme, ayant entendu sa malheureuse épouse hurler de douleur toutes ces heures, voua dès lors une haine farouche à son fils Cadet qui ne devait plus jamais le quitter. Néanmoins, aux aurores, son second fils mis au monde et sa compagne hors de danger, il se jura d’aimer de tout son cœur ce jeune fils qui n’aurait jamais prétention au trône et serait dès lors laissé pour compte dans ce monde. Car l’Empereur était homme de devoir et bon souverain.

L’aîné avait les cheveux de sa mère ainsi que son teint blême, mais son regard débordait de la bonté de son père. Le Cadet quant à lui était une petite tête blonde avec un regard espiègle, malicieux, mais néanmoins emprunt de gentillesse également.

Quelques années s’écoulèrent, l’Aîné passant le plus clair de son temps à suivre éducation protocolaire, cours de magie et formation au combat. Bien que l’éducation de son petit frère ne soit pas négligée, il était clair que l’un et l’autre n’était pas promis au même destin, tant l’éducation de l’Aîné était drastique en comparaison de son Cadet. Très rapidement, ce-dernier jalousa son frère qui porterait un jour la couronne alors que lui se tiendrait tout sa vie durant dans l’ombre de son jumeau.

Conscient de cela et appuyé par les aspirations de bonté de son père, l’Aîné tentait tant bien que mal  d’être auprès de son frère durant ses rares moments de distraction, mais il sentait la rancœur de celui-ci. Devant tout cela, et malheureux pour son plus jeune fils, l’Empereur décida que son épouse et lui devrait avoir à nouveau un enfant afin que Cadet et Benjamin s’épaulent dans le rôle qu’est celui des princes.

De ce projet, naquit une petite fille, qu’on eu juré être le portrait de son père, avec néanmoins la délicate et blanche peau de sa mère.

Bien qu’il fût de tradition que les femmes soient éduquées au protocole des dames de la cour, l’Empereur exigea qu’il fût donné à sa Benjamine et son fils Cadet des éducations similaires, afin que l’un comme l’autre, ils deviennent des enchanteurs qui feraient la prospérité du royaume. L’arrivée de cette jeune enfant calma le trouble du Cadet, mais ne parvint jamais à le faire taire totalement.

 

Chapitre 2 : Trois enfants, trois magies :

De ses trois enfants, l’Empereur préférait la plus jeune : elle dégageait un enthousiasme qui le faisait sourire en toute circonstance. Son affinité avec les éléments la poussa à se tourner vers la magie de Création. Elle créait toute forme de choses, ce pour quoi son père la chérissait, car elle rendait ce monde plus beau, lui donnait plus de couleurs, plus de vie, plus de sens, et plus de nuances.

Le second frère quant à lui se trouva une affinité toute particulière avec la magie de l’Illusion, qu’elle soit physique ou mentale. Il savait créer le rêve comme le cauchemar autour de lui. Capable de plonger certains dans le désespoir mais également capable de faire renouer le plus malheureux des bougres avec l’espoir et la joie de vivre.

Enfin, l’Aîné s’était trouvé une affinité avec une forme de magie très ancienne : la magie d’Annihilation. Il pouvait mettre fin à ce qu’il désirait, capable de décider de la fin de chaque chose.

En son for intérieur, l’Empereur regrettait que les règles de l’héritage soient ainsi faites : sa merveilleuse fille eut-été une Impératrice fantastique pour le peuple de ce monde. Et son second fils eut-été capable d’inspirer de belles choses à son peuple. Mais malheureusement, l’Aîné serait le futur Empereur, celui qui ne peut amener que la fin, la destruction et la désolation. Comment une telle personne saurait rendre un peuple heureux ? En dépit de ses pensées, l’Empereur tacha de toujours pousser son fils Aîné vers la voie du devoir, de la justice et de la bonté.

Ainsi, guidé par la culpabilité qu’il ressentait à l’égard de son petit frère qui serait à jamais dans son ombre et par les aspirations de son père, l’Aîné devint un prince d’une grande droiture d’âme, et d’une gentillesse sans pareil. Le peuple l’aimait, car malgré ses pouvoirs, il savait toujours trouver les mots pour rassurer ses sujets et leur venir en aide. Lorsqu’un hiver trop rigoureux venait balayer les plaines du royaume, il savait y mettre fin par ses pouvoirs, lorsqu’un ennemi se faisait menaçant, il savait l’intimider ou le supprimer si besoin était, lorsqu’une maladie venait frapper ses loyaux sujets, il savait mettre fin aux maux des plus souffrants. Et les gens l’aimaient pour cela.

Chapitre 3 : un Empereur, un Peuple

Les années passèrent, et l’Empereur vieillissant vit de curieux sentiments monter en lui. Sa petite fille, si chérie, était sans doute un don du grand créateur fait à ce monde. Mais son peuple ne l’entendait pas de cette oreille : bien qu’elle fût très aimée, elle ne l’était pas plus que l’eut-été une autre femme à sa place. L’Empereur, bien que dévoué à son peuple, lui en voulait de son étroitesse d’esprit.

Son Cadet lui inspirait de l’indifférence plus qu’autre chose….à quoi bons ces chimères que ce jeune homme pouvait créer, quel intérêt pour la prospérité du royaume ? Le peuple, quant à lui, se mit à nommer le Cadet le « Manipulateur », effrayé par les illusions qu’il pouvait créer, et craignant de lui une trahison pour accéder au trône.

Mais ce qui préoccupait le plus l’Empereur était son sentiment vis-à-vis de son fils aîné. Celui-ci serait sans doute un souverain exceptionnel, un homme droit comme on n’en avait rarement vu. Cependant, son pouvoir, à mesure qu’il le maîtrisait, devenait véritablement terrifiant. Il ne saisissait pas comment le peuple pouvait ainsi aimer ce futur souverain qui pourrait, s’il le voulait, le décimer d’un claquement de doigt. Cet Aîné, si calme, si froid, si serein en toute circonstance tranchait tellement avec sa Benjamine si pleine de vie et son Cadet imprévisible et instable. Non, cet Aîné était comme une vague gigantesque, calme, avançant sans surprise, mais en un sens, meurtrière. L’empereur réalisa qu’il avait peur de son héritier. Pas pour ses aspirations, mais pour son pouvoir.

Néanmoins, l’amour du peuple pour le futur souverain ne cessant de grandir de jour en jour, l’Empereur se fit une raison : un jour il laisserait sa place, en priant l’Unique pour que de sa succession naisse prospérité et joie pour son peuple.

 

Chapitre 4 : la discorde

Il arriva cependant un malheur un jour. Alors qu’un dragon menaçait un territoire du royaume, les trois enfants furent envoyés pour le neutraliser. La jeune sœur, amoureuse de toute forme de vie, pria l’Aîné ne pas faire usage de sa magie sur l’imposante créature. Pensant bien faire, le Cadet utilisa l’une de ses illusions sur l’esprit de la bête. Mais celle-ci prise de folie, se jeta sur la jeune sœur et failli la tuer. L’Aîné, malgré la requête de celle-ci, terrassa la créature, mais le mal était déjà fait.

Rentrant chez eux le plus vite possible, la jeune sœur fut confiée aux meilleurs guérisseurs du royaume. Fou de rage, l’Empereur demanda qu’on lui narre la cause de cette horreur. L’Aîné se présenta comme responsable. Mais le Cadet, ne supportant plus cette attitude chevaleresque de futur souverain qu’affichait son frère, raconta la vérité à son père.

Quand il apprit ce qui s’était passé, comment son jeune fils qui avait failli tuer son épouse avait également failli tuer sa fille chérie, et comment, son fils aîné, capable de régler la situation si aisément, avait attendu le dernier moment pour faire usage de son pouvoir, il se produisit en lui un accès de rage insoutenable. Il fit alors une chose que l’on n’avait pas vu depuis des millénaires dans cet Empire : il utilisa son pouvoir d’enchanteur contre un autre enchanteur. L’Empereur tendit les deux mains et jaillir de celles-ci un déferlement de flammes qui volèrent vers le Cadet.

Au moment où ce-dernier allait-être emporté par cette attaque mortelle, les flammes s’évanouirent comme si une main glacée les avait étouffées. Le Cadet vit la main tendue de son frère aîné dans sa direction, tandis qu’un regard d’une froideur qu’il ne lui connaissait pas pointait vers son père.

« Voilà des années qu’on ne vous vit plus faire usage de votre pouvoir, et vous le réveillez aujourd’hui pour si basse besogne, Père….Vous devriez être au chevet de votre fille et non à la potence de votre fils. » dit l’Aîné avec une voix étonnamment calme.

L’Empereur, les yeux tournés vers son plus jeune fils, s’écria : « Je te bannis, maudit Fils. Toi qui as à cœur de livrer à la mort les femmes de notre famille. Je jette l’opprobre sur toi, sur ta magie, et sur ta descendance. Puisque ton frère est assez clément pour te laisser la vie sauve, alors soit, mais je ne te veux plus jamais devant moi ! ».

Les yeux emplis de larmes, le Cadet parti en courant, le corps tremblant, mais avant de quitter la pièce, il se tourna vers son Père et son aîné, les yeux rouges de haine :

« Je n’ai pas choisi de naître second, je n’ai pas choisi ma place dans cette vie, et je n’ai pas choisi votre haine, Père, mais aujourd’hui, je choisis ce qui suivra ! » hurla le Cadet avant de disparaître.

 

Chapitre 5 :  la grande guerre

L’Aîné tenta en vain de raisonner son Père. Trois années avaient passé depuis l’incident. La Benjamine, sauvée et remise de son accident, était emprunte d’une grande tristesse depuis que son frère avait-été exilé. L’Aîné, quant à lui, était devenu encore plus taciturne.

Bientôt, des conflits éclatèrent partout dans le royaume, provoquant mort et désolation : le peuple appela à l’aide car le « Manipulateur » était de retour, à la tête d’une armée. Une violente guerre débuta. L’Empereur prit la tête de sa propre armée pour défendre son peuple et ramener l’ordre, épaulé par sa fille. L’Aîné quant à lui ne prit pas part aux affrontements directs, refusant de s’engager dans ce conflit fratricide.

Bien que la magie de Création de la fille et la magie des Eléments de l’Empereur furent puissantes, celle de l’Illusion du Cadet s’avéra plus efficace dans cet affrontement. A la toute fin, les armées impériales furent quasiment vaincues, tant et si bien que l’Empereur s’enferma dans sa forteresse avec son fils aîné et sa fille ainsi que le restant de ses troupes.

Acculé, le souverain fit alors la proposition à son fils Cadet d’une reddition et laissa entrer ce-dernier dans l’enceinte du château afin de signer l’accord. Malheureusement pour cet infortuné fils, les victoires précédentes lui firent négliger le bon sens et la prudence, et une fois arrivé devant son père, il ne se méfia pas suffisamment. Mettant toute cette haine accumulée au service du combat, son père déchaîna toute sa magie pour terrasser son fils. Ce-dernier, malgré tous ses efforts, fut vaincu.

Chapitre 6 : la fin d’un souverain

Fou de rage, l’Empereur se tenait menaçant, sur le point d’achever son fils :

« Supplie-moi et je te laisserai peut-être achever ta misérable vie dans les geôles du château ! »

Affaibli et résigné par la violence du combat, son fils plongea son regard dans celui de son père, et avec une voix étouffée par le ressentiment, lui répondit sobrement :

« J’ai passé ma vie à courber l’échine, je ne le ferai plus jamais. Mieux vaut mourir debout que vivre à genou. »

L’Empereur, une lueur de satisfaction mais surtout de folie dans le regard, lança son attaque meurtrière. Ce fut alors qu’une fois encore, la miséricorde de l’Aîné frappa, annihilant le sort de son père et sauvant son Cadet. L’Empereur, se sentant trahi, menaça alors son Aîné : « Puisque l’heure est à la trahison totale, n’hésite pas, finis-en et prends ce royaume qui t’appartient, tu auras mon sang sur la conscience.
-Je ne porterai pas la main sur vous Père, répliqua l’Aîné
-Dans ce cas, accepte ton fugace destin » hurla le père en envoyant une décharge mortelle vers son premier fils et héritier légitime. Ce-dernier, l’air résigné, n’esquissa aucun mouvement de défense, attendant cette mort qui peut-être ramènerait la paix en ce royaume. Au moment où il allait-être atteint, le sortilège s’évanouit dans l’air : l’Aîné et la Cadet virent avec étonnement une lame traverser la poitrine de leur père. A la garde de l‘épée se tenait leur jeune sœur, les yeux remplis de larmes :

« Votre vrai visage est laid mon Père. Par votre faute, votre jeune fille innocente est maintenant une parricide ! »

Se dégageant de la lame le roi tituba, regardant hébété sa fille chérie qui venait de lui porter un coup fatal. Ainsi mourut l’Empereur et dernier souverain de ce monde.

Ayant à peine réalisé l’ampleur de l’acte, les trois enfants sentirent le sol se mettre à trembler violemment.

Chapitre 7 : renaissance

Le monde tout entier s’agitait de violentes secousses, se fendait, s’incendiait. Les trois enfants se précipitèrent au sommet du château et découvrirent avec horreur leur monde en train de mourir. Ce fut alors que l’Unique apparut, le Dieu tout puissant de ce monde. Avec une voix spectrale, la divinité s’adressa à eux :

« Votre Père, l’Empereur de ce monde, est mort avant d’avoir pu transmettre son pouvoir. Par conséquent les fondations de ce monde vont céder et tout sera détruit.
-Ne pouvons-nous rien faire pour éviter cela, demanda le frère aîné.
-Plus rien dorénavant, même vos pouvoirs ne peuvent plus changer le funeste destin des habitants de ce monde. Mais je peux vous sauver vous.
-J’ai été élevé toute ma vie pour guider ce peuple, s’il disparaît aujourd’hui, alors mon destin ne sera pas différent du sien. » rétorqua l’Aîné.

L’Unique le toisa avec une expression indescriptible sur le visage. Puis après un silence suffisamment long pour que le monde commence véritablement à se fendre, il reprit la parole :

« Votre monde est condamné. Néanmoins, je peux vous permettre de vivre afin de guider un autre peuple, dans un autre monde. Néanmoins, il vous faudra chacun accepter une forme d’anonymat et une mission. Mais vous serez tous trois les bergers d’un nouveau peuple. Vous ne pouvez plus rien pour celui-ci, mais vous pouvez beaucoup pour l’autre. Et si vous craignez l’opprobre d’une fuite, voyez cela comme une manière de racheter le pêché de vos actes, ces actes qui ont causé la fin de ce monde. »

La jeune sœur et le Cadet, terrorisés, ne disaient mots, restant dans les bras l’un de l’autre. L’Aîné, l’air grave, conscient de la réalité de leur situation, acquiesça finalement :

-C’est d’accord….

 

L’unique frappa alors ses mains l’une contre l’autre, et les quatre furent transportés en un autre lieu.

 

Chapitre 8 : les trois entités

Les trois frères et sœurs pouvaient contempler un nouveau monde, avec de grandes étendues d’eau, de terre, et de déserts. L’Unique demanda à l’Aîné de s’entretenir seul à seul avec lui :

« Dorénavant, vous serez des divinités de ce monde. Il vous faudra vous acquittez de trois missions : créer la vie, la faire grandir, puis la mener à son terme, au sommeil éternel. Mais je te préviens, la vie est un cadeau qui sera fait à de nombreuses âmes : celui d’entre vous qui devra leur reprendre sera haï par toutes ces âmes. Je te laisse, en temps qu’Aîné, choisir ton rôle ainsi que celui de ton frère et ta sœur. »

L’Aîné resta coi pendant un long moment, pensif….Puis il se tourna vers l’Unique, et lui donna sa réponse :

-Ma jeune sœur a toujours eu foi en ses frères et son peuple. Elle s’acquittera de la mission de créer la vie, cette place serait parfaite pour Zoé. Mon frère, Hypnos, bien que instable et tourmenté, a toujours souhaité donner aux autres des espoirs et des rêves. Il sera parfait pour aider les âmes égarées à retrouver leur chemin si d’aventures elles s’égaraient, et il sera aimé pour cela, chose qui lui fut refusée toute sa vie durant par son peuple et son propre père. Quant à moi, Thanatos l’Aîné, j’amènerai ces âmes vers leur dernier repos, et j’en accepte le prix.

-Qu’il en soit ainsi, s’écria l’Unique.

 

Et ainsi, les trois descendants de l’ancien monde, devinrent Zoé, la créatrice de la vie, Hypnos, le bâtisseur de rêves et Thanatos, le porteur de mort.

 

 

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